Texte de Zocato, envoyé spécial : "UN JOUR VIENDRA, THOMAS..."

...A la fin de son premier combat, la reseña était quasiment prête : Où en serait  la carrière de Thomas Joubert s'il tuait les toros ?... Un quart d'heure durant, l'Arlésien venait de nous faire une nouvelle fois rêver avant d'échouer aux aciers. Un salut à ses arènes d'Arles, un de plus. Une nouvelle fois les larmes aux yeux...

Arles. Thomas Joubert parmi les grands

Face à un toro de Pedraza de premier choix, Thomas Joubert a composé une faena concise, mais ornementée par des débuts de séries surprenants d'audace. Cette après-midi pourrait bien marquer le début d'une nouvelle étape pour l'éternel espoir de la tauromachie arlésienne...

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Arles, lundi 28 mars- Escribano, Thomas Joubert, Juan de Alamo/ Pedraza de Yeltes

Ah, voilà Thomas pour son second. « Je regarde puis je file en loucedé. Ni texto ni couronne » me dis-je.

Mais en voyant Thomas Joubert sur ce beau toro brave, d’une vive noblesse et d’une grande classe, nous voilà soudain foudroyés par le miracle : on n’a plus envie de partir, on n’a plus froid du tout, le ciel n’est plus gris et on voudrait continuer à fréquenter les arènes et leur magie des années et des années encore.

On le voit s’avancer à pas lents vers le centre de la piste depuis le toril. Pourquoi le voit-on venir de là plutôt que du burladero des toreros ? On ne sait pas. Il y a de l’irréalité chez ce torero. Sa démarche légère, comme en suspension au-dessus du sol, sa manière de saluer la foule comme s’il voulait se souvenir de tous les visages, son long physique fragile… Quand il lève sa montera il n’y a dans son geste ni l’affectation d’un Lopez Simon, ni la religiosité d’un José Tomas. Comme écrasé par le ciel, le torero paraît un fétu de paille s’en remettant au vent. Bien sûr, le physique aidant, on songe à Manolete, à ce que l’on en sait et à ce que l’on en imagine. A l’émouvant et déchirant charisme d’un Nîmeno aussi. Mais, les salutations faites, montera lancée et muleta repliée sur le bras, on devine chez le jeune arlésien comme chez son aîné nîmois une résolution intense et bientôt irradiante.

Droit, centré, le bras le long du corps, la main basse, très basse, citant le toro d’un souffle de tissu, Thomas aimante le fauve, l’aspire tout entier au plus près, lie les passes avec le charme vénéneux des fleurs carnivores. Temple, toreria, une toreria folle, rythme et liaison. Tout y est. La première série est parfaite et inspirée, la deuxième inspirée et profonde, passe du cambio, muleta à nouveau repliée sur le bras, elle est déployée cette fois-ci à gauche et ce toro qui joue, qui joue encore et de plus en plus, donne les plus belles et vibrantes naturelles du cycle, et de loin. Dessin, rythme, relâchement complet, abandon du geste. Repos. Les naturelles reprennent, le torero se repositionne, la muleta loin en arrière du corps qui fait face, et ce geste pour citer de verdad en s’exposant tout entier est également une merveille. Le voici maintenant les jambes écartées, de profil mais exactement entre les cornes, d’où il se libère d’un geste, puis d’un autre et d’un autre encore. Le toro sert, c’est sûr, mais lui le domine à chaque passe, de sa position et de son geste, dans un art consommé de l’économie et de la profondeur. Manolete ? Non, je ne crois pas, plutôt l’austérité fiévreuse d’un Viti. Et en dépit de quelques scories ici ou là, une faena de la famille des celles qu’affectionne Madrid, celle d’un Cid inspiré, d’un Urena miraculé. Aux saveurs de toreo grande.

Une demi-épée un peu chanceuse assure à Thomas Joubert deux oreilles qui en valent dix. Des oreilles qui ne sont plus une récompense - ah le vilain mot- mais une onction, un baptême, les langues de feu sur les apôtres. «  Allez de par le monde dire la Bonne Nouvelle : ce jour un torero est né en Arles ». Et c’est vrai qu’il est né Thomas Joubert, né à lui-même, transfiguré plus encore qu’irradiant. Ce n’est pas la joie qui l’habite, c’est un sentiment d’accomplissement.

Et voilà qui change tout. Etait-il tout à l’heure écrasé par le ciel ? Il le dévore maintenant tout entier. Un fétu de paille ? A cet instant, il sature la piste de sa présence. Fragile et le pas mal assuré ? Désormais plein de décision, il organise sa vuelta et refuse de se laisser porter par les événements ; il les ordonne. Se faire applaudir, interminablement, mais ne rien oublier. Aller chercher Paquito Leal à la talanquera et le contraindre à l’accompagner au centre du ruedo. Le patron de l’Ecole taurine d’Arles résiste, on l’imagine dire à son ancien élève : «  Déconne pas, c’est ton triomphe, profite, lâche-moi ». Mais Thomas ne lâche pas. Il sait ce qu’il veut. «  Viens, viens, fait pas ch… , viens je te dis». Au centre, ils s’embrassent, ils s’agrippent, ils tanguent ensemble, ils ne font plus qu’un. Deux hommes, deux destins, une histoire. C’est à vous couper le souffle, à vous faire chialer toutes les larmes de l’aficion. Mais Thomas veut autre chose, il veut qu’on voie autre chose, il veut nous dire autre chose. L’image de ces deux hommes dans los medios, dans ce chaudron d’émotions ne lui suffit pas. Il lui faut un autre geste. Et ce geste inouï, insoupçonné, renversant, c’est celui-ci : ces deux oreilles comme un miracle si chèrement acquis, de ceux qui peuvent sans doute relancer une carrière mais qui vous inscrivent déjà dans l’histoire de cette arène, il les offre à Paquito, il ne les conserve pas sur son cœur, il s’en fout de les avoir dans son salon, il les donne, il les remet. En cet instant de triomphe absolu dont tant d’autres s'enivreraient, il abandonne le talisman de la gloire et nous dit vouloir payer sa dette. Cette leçon est proprement bouleversante.

A la sortie en triomphe par la grande porte, juché dans le tumulte, on voit la manche de son habit de lumière, un peu flottante sur un bras maigre, les passementeries d’or maculées de sang. Résurrection d’un torero un lundi de Pâques à Arles...

 

Presse espagnole

ACTUALITES

 

TEMPORADA 2017 :

- Arles le 16 avril :

Enrique Ponce (Silence /Ovation avec salut après avis) A. Talavante (Oreille / Silence après avis) et Thomas Joubert (Oreille après avis / Oreille après avis) - Ganaderia J.P. Domecq.

Plusieurs prix ont été décernés à Thomas Joubert : "Cérar Giron" pour le meilleur Matador de la feria Pascale, "Louis Pagès" prix du Comité de la Feria, et le club taurin "La Jeunesse Taurine du Pays d'Arles" l'a élu triomphateur de la Feria.

 

Cartels à venir :

 - Arène d'Istres "Le Palio" le  23 juin 2017 à 18 h 30 :

Sebastien Castella, Jose Maria Manzanares et Thomas Joubert - Ganaderia Garcigrande

 -  Arène de Châteaurenard le 23 juillet 2017 à 18 h :

Roman Perez, Thomas Joubert et Thomas Dufau - Ganaderia La Quinta

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